« Une énigme et un miracle, le peuple roumain »

                Depuis le 1er décembre 2018 et jusqu’au 14 juillet 2019, le Ministère de la Culture organise, en collaboration avec son homologue roumain La saison France-Roumanie. C’est la première saison culturelle croisée organisée avec un autre pays de l’Union européenne, dont le programme riche et varié veut toucher un large public. Des concerts, du cinéma, de la littérature, des expositions et des conférences ; au total plus de 200 évènements seront organisés partout en France et en Roumanie.

                Pour ceux qui se demandent les raisons de ce choix… L’année 2018 a marqué pour la Roumanie le centenaire de la création de la Grande Roumanie, le 1er décembre 1918, par le rattachement des territoires peuplés de roumains ayant appartenu aux empires russe et austro-hongrois. De plus, La saison France-Roumanie va se dérouler en même temps que la Présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne qui a débuté le 1er janvier 2019.  « Dans un tel contexte, la Saison était une évidence » déclare Jean-Jacques Garnier, commissaire général de la Saison pour la France.

                Mais que sait-on sur la Roumanie ?

                Nichée des deux côtés des Carpates, entourée notamment par le Danube et la Mer Noire, la Roumanie est un pays de langue latine, le seul d’ailleurs qui garde le souvenir de l’héritage romain dans son nom même. Une vraie « énigme et un miracle historique » pour reprendre le titre de l’ouvrage publié en 1939 par l’historien roumain Gheorghe Bratianu.

                En l’an 106, l’empereur Trajan occupe le territoire situé au nord du Danube, comme en témoigne les bas-reliefs de la Colonne Trajane de Rome. Il s’ensuit alors une période, que tous les territoires conquis par les légions romaines ont connu, la romanisation. Phénomène complexe, marqué par l’introduction de la langue latine et de la culture romaine, la romanisation est l’expression de la domination romaine dans un espace nouvellement soumis.

dacia romana hartaCarte de la province romaine Dacia, IIème siècle AD

Après le retrait des légions, l’ancienne province Dacia fut occupée tour à tour par les Goths, les Huns et les Slaves. A l’aube du Xème siècle, des sources écrites attestent les premières formations politiques dans cet espace, vassales de Byzance. Nommées  romanies ou valachies, ces formations sont habitées par une population parlant un dialecte romain.

                Au cours des XIème et XIIème siècles, le territoire situé à l’intérieur des Carpates, mentionné dès le Moyen Age  sous le nom de Transylvanie, sera infiltré par les tribus magyares, et annexé au royaume hongrois, puis à l’empire austro-hongrois. L’espace situé à l’est et au sud des Carpates sera le berceau de la Moldavie et de la Valachie, deux principautés fondées au début du XIVème siècle par des aristocrates roumains venus de Transylvanie. Mais, à la fin du XIVème siècle, début du XVème, l’avancée des troupes ottomanes dans la péninsule Balkanique oblige les deux principautés à accepter la suzeraineté turque et à payer tribut aux sultans, en achetant ainsi leur paix. S’installe ainsi une longue période durant laquelle les princes roumains vont parfois mener une politique contraire à l’Empire ottoman, marquée par leurs tentatives de s’approcher de rivaux de taille tels la Pologne et la Russie, et par des campagnes qui ont ravagé les deux pays. Et si la Roumanie conserve aujourd’hui si peu de vestiges médiévaux, c’est une conséquence de la fréquence des invasions turques qui n’ont pas permis la réalisation de fortifications solides entre deux incursions, et la prédominance d’une architecture militaire en bois. Les vestiges de la plus ancienne résidence princière en brique datent de la deuxième moitié du XVème siècle, à l’époque du fameux Vlad l’Empaleur.

curtea veche palatul voievodal large
Curtea Veche de Bucarest, XVème siècle

                En 1054, le Grand Schisme scinde le monde chrétien en deux. La population roumanophone s’est retrouvée à la frontière de l’Eglise d’Orient et de celle d’Occident. Malgré les tentatives de l’Eglise Catholique pour imposer la suprématie du Pape à travers la politique des rois magyares, les habitants des deux côtés des Carpates sont restés orthodoxes. Si le latin s’est imposé naturellement  comme langue officielle en Transylvanie, en raison de sa vassalité au royaume de Hongrie, en Valachie et en Moldavie, le vieux-slave s’impose à la fois comme langue liturgique et langue de chancellerie. L’alphabet cyrillique demeure alphabet officiel jusqu'au milieu du XIXe siècle, lorsqu’il est remplacé par l’alphabet latin.  De ce fait, le vieux-slave a laissé une empreinte notable sur le roumain, mais limitée au lexique ; on y retrouve 9 % de mots d’origine slave se rapportant notamment à l’administration et  au langage liturgique. 

                En 1600, les trois principautés roumaines, la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie sont réunies pour la première fois, pour une très courte période, sous l’autorité du prince Michel le Brave. Il a fallu attendre plus de deux siècles et demi pour que l’union se réalise effectivement et qu’elle soit accompagnée de l’unification des institutions. En 1859, dans un contexte politique favorable, marqué par l’affaiblissement de l’empire ottoman, avec le soutien de Napoléon III, les assemblées choisissent au trône de la Moldavie et de la Valachie le même candidat, Alexandru Ioan Cuza. Après la reconnaissance de l’union par les grands pouvoirs, grâce au soutien de la France, l'Union est formellement déclarée trois ans plus tard, le 24 janvier 1862. Le nouveau pays reçoit le nom de Principautés unies de Moldavie et de Valachie, avec Bucarest comme capitale.

PittoriCarte de G. Pittori d'après le géographe Giovanni Antonio Rizzi Zannoni, 1786

                Après avoir créé les premières prémices de l’Etat moderne, Cuza est déposé en 1866. L’idée de choisir pour le trône un prince lié aux grandes familles régnantes européennes, afin de garantir l’autonomie de la principauté, avait été formulée plusieurs fois par le passé. Le 10 mai 1866, l’Assemblée proclame Carol de Hohenzollern-Sigmaringen, prince régent de la principauté qui prend le nom de Roumanie. En 1877, la Roumanie, qui souhaite s'émanciper totalement de l'Empire ottoman, entre en guerre du côté de la Russie contre les Ottomans. Un an plus tard, le Congrès de Berlin reconnait l’indépendance de la Roumanie et le 10 mai 1881, Carol est proclamé premier roi de la Roumanie. L’Etat moderne est né.

                1918 et la dissolution des monarchies multinationales permet de voir accomplir la Grande Roumanie par le rattachement de la Bessarabie, de la Bucovine et notamment de la Transylvanie le 1er décembre.  Dotée d’une des plus libérales constitutions de l’Europe, il s’ensuit pour la Roumanie une période de prospérité et d’échanges à l’extérieur, qui lui a valu la reconnaissance internationale.

BibliotecaFronton de la Bibliothèque Centrale Universitaire Carol I de Bucarest, œuvre de l’architecte français Paul Gottereau

                Mais la Deuxième Guerre Mondiale marque pour la Roumanie la fin d’une belle époque. Mutilé par les grands pouvoirs en faveur de ses voisins, le pays est occupé par les troupes allemandes. Le 23 août 1944, le coup d’Etat du roi Michel range la Roumanie du côté des alliés et l’armée roumaine participe aux offensives contre la Hongrie, avançant jusqu'en Slovaquie. Si la fin de la guerre constitue pour nombre de pays européens le retour à la paix et le début d’une période de reconstruction, pour les pays est européens soumis aux « zones d'influence » entre les alliés et l'URSS, elle  est synonyme de terreur et de répression. Le régime totalitaire communiste est instauré en 1945 par un coup d’Etat orchestré par l'Union soviétique et l’armée rouge stationnée en Roumanie. Une fois la République populaire instaurée, le parti communiste met en place une politique d’épuration de la société, dirigée notamment contre l’élite d’avant-guerre, le clergé, les paysans rétifs à la collectivisation des terres et tout opposant, même les anciens communistes. En décembre 1989, c’est une Roumanie meurtrie qui se soulève contre plus de quatre décennies de crainte, de privations et de désespoir.

                Unifiée, puis amputée plusieurs fois par les grands pouvoirs au cours de l’histoire, la Roumanie est aujourd’hui un pays seul maître de son destin. Si la transition démocratique vers un État de droit et une économie de marché a démarré difficilement, les roumains ont exprimé manifestement leur souhait en faveur de la poursuite des réformes et des efforts engagés en faveur d’une meilleure intégration dans l’Europe… ainsi que le renforcement des liens avec ses pays et notamment avec la France.


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